Quel accompagnement pour les auteurs de violence conjugale ?

Publié le 26 juin 2026 à 19:48

Lorsqu’un foyer subit des violences, il est essentiel de protéger les victimes, adultes ou enfants, mais aussi de prendre en charge les auteurs. La prévention peut aider à se protéger d’un passage à l’acte mais l’accompagnement des auteurs évite la récidive.

 

L’accompagnement des auteurs est important pour éviter la récidive.

Au Canada, les centres d’accueil d'urgence pour les auteurs de violences conjugales, sont une institution. En France la démarche est plus timide. Elle tend à se développer, notamment dans le Poitou avec l’association AudaciaOuverture dans un nouvel onglet. Angélique Revest cheffe du service “Pôle Personne Isolée” et Loïs Demange psychologue clinicien nous présentent ce dispositif.

Pourquoi accueillir les auteurs dans un centre d’urgence ? 

Le premier but est de permettre aux victimes de rester dans leur maison.
Dans le Poitou, 23 enfants ont pu rester chez eux grâce au dispositif.
Un seul centre de ce type existe dans la Vienne et les Deux Sèvres. Il dispose seulement de 4 places financées.
Le centre d'urgence peut accueillir des hommes ou des femmes mais tous majeurs.

Le centre d'urgence est en lien avec le parquet qui le contacte pendant la garde-à-vue de l'auteur. La prise en charge se fait jusqu'à la première audience.
La durée moyenne de l'hébergement est de 6 mois. Suite à la première audience, l'auteur peut demander à rester au centre d'accueil d'urgence.

Depuis le début du dispositif, Audacia a pris en charge 11 personnes et n'a, pour l'instant, constaté aucune récidive. 

Concrètement, comment se déroule la prise en charge ?

Le site est sécurisé avec du personnel 24h/24. Si une mesure d'éloignement est prise, les auteurs sont surveillés pour qu'il n'y ait aucune prise de contact avec les victimes.

Les règles et le cadre légal sont rappelés. Une chambre personnelle et un accès au réfectoire sont proposés. L'équipe aide l'auteur à récupérer ses affaires personnelles et ses papiers (car très souvent il arrive directement de garde-à-vue) 

La construction d'un projet complémentaire au parcours judiciaire (divorce, thérapie, trouver du travail …) peut être initié.

Quelle prise en charge psychologique ? 

Pour agir efficacement sur les violences domestiques, il faut prendre en charge l’auteur des faits. Une fois son éloignement effectué un travail psychologique est amorcé.

L’équipe d’accompagnement se compose de deux éducateurs spécialisés et un psychologue.
Ponctuellement peuvent intervenir : une animatrice, une infirmière, une infirmière en pratique avancée (ASALEE), un infirmier de l’EMPP, une art-thérapeute, une socio-coiffeuse et toute l’équipe éducative.

Les profils des auteurs sont très variés que ce soit en terme d'âge, de milieu socio-professionnel, de la composition familiale, de la présence d'addiction (très souvent l'alcool) ….

L'accompagnement est global : psychothérapeutique, médical et social. L'auteur est évalué sur sa dangerosité, son risque de récidive et son attitude face à cette prise en charge contrainte.  Cela démarre par l’acceptation des faits. Quel sens donné aux actes ?  Quelle est l'origine de cette violence ? quelles sont les conséquences sur la ou les victimes ?  Quel est le seuil de sa violence ? ....
Il s'agit de susciter une remise en cause et en question de ses comportements et attitudes. Aider la personne à faire évoluer son mode de fonctionnement et favoriser l’accès à des soins adaptés.

Et après ? 

Les auteurs sont orientés vers d’autres structures pour un plus long terme, s’ils ne sont pas incarcéré. 6 mois n'est pas suffisant pour optimiser le travail débuté.

Ce dispositif ne remplace pas la sanction pénale et judiciaire.

Lien vers l'émission radio : https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/le-mag-de-france-bleu-poitou/quel-accompagnement-pour-les-auteurs-de-violence-conjugale-2247232