Le clonage managérial : une dérive dans les ESMS

Publié le 26 juin 2026 à 19:57

Didier Dubasque parle de Fragments de terrain sur son blog : https://dubasque.org/revue-de-presse-le-clonage-managerial-dans-le-social-les-chiffres-de-lase-a-la-hausse-la-fapil-fait-son-podcast/

Angélique Revest, Cheffe de service à l’association Audacia Pôle Hébergement – Logement accompagné, décrit dans son article les méandres de la « chalandisation » dans le secteur des ESMS (Établissements et Services Médico-Sociaux). Elle compare cette tendance à l’univers de Star Wars, où les clones sont produits en série, pour illustrer l’uniformisation des comportements managériaux au détriment des véritables compétences et des valeurs intrinsèques du travail social. Elle constate une uniformisation des comportements managériaux, souvent réduits à des apparences superficielles telles qu’un langage formel, une tenue irréprochable et une maîtrise apparente des émotions. Cette tendance, qu’elle compare à l’attaque des clones dans Star Wars, est dépourvue de véritables compétences et de créativité. Elle cite Jean-Luc Gautherot, qui met en garde contre le piège de la posture managériale, souvent réduite à des critères subjectifs et informels.

Ce « clonage managérial » produit des figures qui, bien que parfaites en apparence, manquent souvent de la créativité d’un Han Solo ou de la sagesse d’un Yoda. Dans un environnement comme celui des ESMS, où l’innovation et l’empathie sont essentielles, ces clones se révèlent particulièrement inadéquats. Juger un manager uniquement sur son apparence et sa conformité à des normes superficielles, c’est courir le risque de recruter des Dark Vador de la gestion – des individus dont l’armure impeccable dissimule une absence de vision, de créativité et d’empathie.

Cette tendance au clonage managérial peut être analysée à la lumière de l’habitus de Pierre Bourdieu. L’habitus, cet ensemble de dispositions durables et transposables, formé par les conditions sociales et les expériences passées, guide les comportements et les perceptions. Dans nos organisations, cet habitus managérial se traduit par des attentes normatives, souvent dictées par des modèles de réussite superficiels et uniformisés. Cette homogénéisation des pratiques managériales s’inscrit dans une logique plus large d’un modèle entrepreneurial insidieux qui s’infiltre dans les ESMS.

Angélique Revest propose des solutions pour lutter contre ces dérives. Elle suggère d’augmenter l’autonomie des cadres pour adapter les pratiques de travail aux besoins spécifiques de leurs équipes et d’investir dans la formation continue, avec un accent particulier sur les compétences relationnelles et la gestion de la santé au travail. L’auteure souligne que cette quête de singularité n’est pas seulement un idéal à atteindre, mais une nécessité pour maintenir une gestion à la fois humaine et innovante. Préserver son authenticité demande une introspection constante et une volonté ferme de rester fidèle à ses valeurs, même lorsque la pression du conformisme se fait sentir. (Lire l’article sur LinkedIn)