Politique et travail social

Publié le 2 septembre 2026 à 18:40

Politique et travail social… une question qui revient régulièrement et qui continue parfois de mettre mal à l’aise.

Comme si nous pouvions penser nos métiers en dehors des choix de société qui les traversent. Pourtant, accompagner une personne, soutenir son autodétermination, défendre un accès aux droits, préserver une place pour celles et ceux qui sont le plus souvent invisibilisés… tout cela repose déjà sur une certaine conception de l’humain et du vivre ensemble.

Le travail social n’a jamais été un simple ensemble de dispositifs à appliquer. Il porte une histoire, des valeurs, une ambition d’émancipation. Il s’inscrit dans cette tension permanente entre ce qui est prescrit et ce qui se joue réellement dans la rencontre avec l’autre.

Mais il me semble important de ne pas réduire la question politique au seul militantisme. L’engagement ne prend pas toujours la forme d’une prise de parole publique, d’un combat frontal ou d’une opposition ouverte. Il se loge parfois dans des endroits beaucoup moins visibles. Dans un professionnel qui refuse de réduire une personne à une catégorie administrative. Dans une équipe qui prend encore le temps de réfléchir ensemble plutôt que d’appliquer automatiquement une réponse. Dans un cadre qui accepte de faire remonter les contradictions plutôt que de les faire porter uniquement aux équipes. Dans une direction qui documente les effets des politiques publiques et accepte de défendre les conditions nécessaires pour faire un travail de qualité.

C’est peut-être là notre enjeu actuel : sortir des oppositions qui nous enferment. Le terrain contre les directions. Les professionnels contre les institutions. L’engagement contre la contrainte.

Ces clivages ont une fonction : ils permettent parfois de déposer une colère légitime. Mais ils peuvent aussi empêcher de regarder ce qui se joue réellement.

Car la question centrale reste : à l’endroit où je suis, qu’est-ce que je contribue à maintenir vivant ? Un espace de parole ? Du collectif ?Une capacité de penser ? Une place pour la singularité ? La possibilité de dire que quelque chose ne fonctionne plus ?

Les logiques gestionnaires, l’accélération, la standardisation produisent des effets réels sur nos métiers. Les nier serait une erreur.
Mais penser que nous n’avons plus aucune marge serait tout aussi dangereux.

Parce que la résignation est peut-être la plus grande victoire d’un système qui voudrait nous convaincre que tout est déjà décidé. Le travail social a besoin de retrouver des espaces où l’on débat, où l’on écrit, où l’on analyse, où l’on accepte la complexité. Non pas pour revenir à un passé idéalisé. Mais pour continuer à construire des pratiques qui restent à hauteur d’humain.

Illustration : « Aequalitas » par Faith47